L’hypnose ericksonienne fait partie des thérapies alternatives les plus pratiquées en France. Elle est réputée douce, non directive, « respectueuse de la personne ». Mais comme toute technique psychologique, elle n’est pas sans risques. Voici ce que la recherche et les autorités sanitaires ont documenté sur les vrais dangers de cette pratique, sans langue de bois.
Qu’est-ce que l’hypnose ericksonienne, en 2 lignes
Développée par Milton Erickson dans les années 1950, elle utilise suggestions indirectes, métaphores et permissivité pour induire un état modifié de conscience. Le patient reste actif et co-construit la séance avec le praticien, contrairement à l’hypnose classique plus autoritaire.
Le premier danger : le manque de régulation du métier
En France, le titre de « hypnothérapeute » n’est pas protégé. N’importe qui peut suivre une formation de 3 jours à 6 mois et s’installer légalement. Résultat :
- Niveau de compétence très variable selon les praticiens
- Formations low-cost qui ne préparent pas aux situations complexes
- Aucune obligation de supervision, de formation continue, ou de connaissance psychopathologique
La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) alerte régulièrement sur des praticiens non qualifiés qui prennent en charge des personnes fragiles.
Les faux souvenirs induits
C’est le risque le mieux documenté scientifiquement. Sous hypnose, le cerveau peut reconstruire des souvenirs qui n’ont jamais existé, à partir de suggestions même involontaires du thérapeute.
Cas fréquents
- Patients « se souvenant » d’abus subis dans l’enfance qui n’ont jamais eu lieu
- Détails ajoutés à des souvenirs réels, qui rendent le témoignage juridiquement inutilisable
- Fausses reconstitutions autour de proches accusés à tort
Ces phénomènes ont amené certains États américains à interdire les témoignages « récupérés sous hypnose » dans les procès. En France, la prudence est de rigueur.
La dépendance au thérapeute
L’hypnose place le patient dans une relation asymétrique avec un praticien qu’il perçoit comme capable de « comprendre » son inconscient. Certains patients développent alors :
- Une dépendance affective forte au thérapeute
- Une croyance que « sans lui, ils ne peuvent pas aller mieux »
- Des séances qui s’éternisent (parfois 100+ séances) sans réel bénéfice
Cette dérive est particulièrement fréquente avec les thérapeutes charismatiques ou peu supervisés.
Les contre-indications ignorées
Beaucoup de praticiens ne détectent pas les contre-indications réelles. L’hypnose est fortement déconseillée voire contre-indiquée en cas de :
- Troubles psychotiques (schizophrénie, épisodes délirants) — l’état modifié peut aggraver la déstructuration
- Trouble de la personnalité borderline — risque de fragilisation supplémentaire
- Dépression sévère avec idées suicidaires — ne remplace jamais un suivi psychiatrique
- Épilepsie non stabilisée — risque de crise
- Dissociation traumatique — peut provoquer des flash-backs incontrôlables
Un praticien compétent refusera de recevoir un patient présentant ces conditions sans avis médical préalable.
Les effets secondaires plus courants
Même chez un patient sans contre-indication, des effets peuvent apparaître :
- Vertiges, nausées pendant ou après séance
- Émergence brutale d’émotions non traitées
- Insomnies les jours suivant la séance
- Sensation de « flou » ou déréalisation transitoire
Ces effets sont généralement bénins mais doivent être signalés au thérapeute.
Les dérives sectaires
La Miviludes classe régulièrement l’hypnose parmi les techniques utilisées par des gourous ou pseudo-thérapeutes pour capter des personnes vulnérables. Les signaux d’alerte :
- Praticien qui vend des packages de 20+ séances d’avance
- Interdiction de consulter d’autres thérapeutes
- Discours dénigrant la médecine conventionnelle
- Isolement progressif du patient de ses proches
- Sollicitations financières hors séances
Face à ces signaux, coupez la relation immédiatement et signalez à la Miviludes.
Comment choisir un hypnothérapeute sûr
- Vérifiez qu’il a une formation initiale en psychologie, médecine ou infirmier psy avant sa formation en hypnose
- Demandez sa formation et sa durée (une vraie formation dépasse 300 heures)
- Assurez-vous qu’il pratique en supervision régulière
- Fuyez si il propose des « cures » ou packages de nombreuses séances
- Un bon praticien vous oriente vers d’autres soins si nécessaire (psychiatre, médecin traitant)
L’hypnose ericksonienne peut être utile pour des indications ciblées (gestion douleur, anxiété modérée, tabac). Elle n’est ni un remède miracle ni un placebo inoffensif. Comme toute intervention psychologique, elle nécessite un cadre professionnel, une évaluation initiale sérieuse et une vigilance sur les dérives possibles.